Au cours de cette première année de voyage, nous avons souvent été amené à répondre aux mêmes questions et réflexions. Petit tour d’horizon des interrogations les plus fréquentes dans cette FAQ.

1. Tenir un journal en ligne, ce n’est pas trop contraignant ?

Si, c’est très contraignant. En moyenne, entre la rédaction, le tri et le traitement des photos, le journal nous occupe au minimum une heure et quart par jour. Lors de la publication, la création et la mise en page des articles et des galeries photo, la préparation de la newsletter et les éventuelles mises à jour techniques du site (nouveaux onglets, traitement des bugs…) peuvent parfois prendre beaucoup de temps ; en moyenne une demie journée. Dans le pire des cas, nous avons travaillé dessus quarante-huit heures ! Et nous ne parlons pas de la maintenance du site en lui-même, ni du temps passé sur le design.

Écrire au quotidien demande un réel investissement, c’est un rythme à prendre. Cela implique également de porter un regard différent sur le voyage : comment transmettre telle émotion, décrire tel lieu à quelqu’un qui n’a jamais vu ce que nous voyons ? Comment être objectif malgré l’enthousiasme ou les difficultés ? Agathe souhaite – autant que possible – rester fidèle à son ressenti tout en respectant le pays ; cela demande de la réflexion, une remise en cause permanente. Nous avons également un réel soucis de qualité tant pour le texte que pour les photos. Cela prend du temps mais c’est un plaisir. Surtout lorsque nous recevons des compliments !

En revanche, les aléas techniques (connexion Internet excessivement lente ou/et aléatoire, censure dans certains pays, bugs de l’application WordPress menant à la perte de plusieurs heures de travail, clé USB défaillante, etc.) ont pu parfois nous donner l’impression d’être prisonniers de notre blog et de perdre notre temps. Nous savons désormais que nous sommes lus et appréciés mais ce journal reste parfois une contrainte.

2. Pourquoi ce format alors ? Vous auriez pu choisir une solution moins lourde.

Nous avons créé le site DoTT dans le but premier de faciliter le contact avec nos proches, partager avec eux notre nouveau quotidien et atténuer la distance. Nous pourrions bien évidemment nous contenter de faire un résumé de chaque semaine en trente lignes mais Agathe s’y refuse. Comment résumer un trek dans le Mondolkiri, le Taj Mahal ou Beijing à quelqu’un n’ayant pas la moindre idée de ce que cela peut être ? Que retiendraient nos lecteurs de ces articles, que vivraient-ils du voyage ? Probablement pas grand chose !

Durant la période précédant notre départ, nous avons passé beaucoup de temps à lire des blogs de globe-trotteurs. Nous en avons épluché des centaines et très peu nous ont aidé ! Nous avons trouvé pléthore d’anecdotes, de mois condensés en cinq paragraphes, de récits détaillant un événement marquant du voyage… Mais un blog qui nous donne le sentiment de faire partie de l’aventure, qui nous révèle ce qu’est un voyage au long cours, qui nous parle vraiment, rarement. Des livres oui, mais le support est moins accessible et la démarche du lecteur toute autre. Nous avons donc voulu apporter notre petite pierre à l’édifice et démystifier le ‘tour du monde’, démocratiser le voyage, expliquer ce que nous faisons, ressentons. Révéler ce que cela nous fait de vivre dans tel ou tel pays.

La dernière raison de ce journal, c’est nous ! Le temps passe à une vitesse folle et la mémoire ne suit pas. Si vous avez déjà tenu un carnet de voyage, vous savez bien quel sentiment procure sa relecture après plusieurs semaines / mois, cette impression de revivre les événements, de redécouvrir un moment, des détails de votre vie que vous avez déjà oublié. Agathe a toujours rédigé ce genre de journal, nous avons donc naturellement décidé de continuer.

3. Vous dites abhorrer les réseaux sociaux (vie privée, mainmise sur les données, politique obscure et aléatoire, etc.) Pourquoi ce retour sur Facebook ?

Nous sommes de retour sur Facebook car nous avons compris que c’est le seul moyen de garder contact avec le plus grand nombre. Dans notre société d’hyperconnectivité ou tout doit être immédiat, des choses telles que lire / écrire / répondre à un e-mail, aller sur un site dédié, etc. ne sont plus des démarches naturelles ; c’est souvent considéré comme un effort. Ça l’est pour nous également mais contrairement à la majorité des personnes ayant partagé les bancs de l’école avec nous, ce sont nos seuls moyens de communication. Facebook centralise tout et permet une interaction, une réactivité immédiate à travers les outils proposés. Nous sommes exclus de ces outils, nous suscitons donc peu de réactions (positives comme négatives).

Oh, nous savons bien que nous ne sommes pas oubliés. Bien au contraire ! Cependant, les actes valent souvent mieux que les mots pour nous qui sommes loin. Nous ne faisons plus partie de votre routine et vous nous manquez. Nous n’aimons pas le média qu’est Facebook mais le contact à travers notre site seul nous semble insuffisant. Alors après des mois de tergiversations, nous revoilà. Nous nous adaptons ! 

4. Deux ans de vacances, ce n’est pas trop ? Quinze jours à l’étranger suffisent pour se dépayser ! Qu’est-ce que cela vous apporte de plus ?

Vacances ? Ce mot nous fait sourire. Nous ne sommes pas en vacances, nous voyageons. Nous ne profitons pas d’une courte parenthèse dans notre existence avant de retourner à notre quotidien, nous expérimentons un nouveau quotidien. Nous n’avons aucune routine, devons en permanence nous adapter à une nouvelle culture, langue, société, météo, à un nouveau peuple avec une histoire, des us et coutumes qui nous sont totalement étrangers. Plus rien n’est acquis, plus rien n’est évident. Nous progressons grâce à des rencontres et à nos impairs, nous sommes en découverte permanente. Nous devons nous déplacer, planifier, dialoguer (vivre, en somme) dans des pays auxquels nous ne connaissons rien. Internet, la SNCF, la Poste, la police, l’anglais, l’alphabet, l’euro, les droits de l’homme, la certitude que tel comportement / acte / pratique / demande est acceptable ou polie, la sécurité, la santé, le temps, la démocratie, etc. : tout cela n’a plus de sens (ou en tout cas pas celui que nous connaissons), aucun de ces mots ne renvoie à quelque chose de familier dans les pays que nous traversons. Nous ne savons plus rien, nous repartons à zéro. Et si tout cela est très excitant, c’est également éreintant !

Être loin de tout nous permet aussi de faire le point sur nos vies sans subir l’influence des proches, de la société, de nos repères et de nos peurs. Personne ne nous connaît, personne n’attend quoi que ce soit de nous. Nous pouvons en toute sécurité tomber le masque et être nous, nous redéfinir et apprendre qui nous sommes, ce que nous voulons être (ou pas), ce que nous aimons (ou pas). Les piliers de nos vies changent, s’affinent. Les difficultés du voyage nous confrontent à nos limites en tant qu’individus et que couple ; nous savons désormais ce que nous pouvons supporter (ou pas), les concessions que nous sommes (ou pas) capables de faire et ce que l’autre apporte à notre équilibre.

La plupart des vacances ne demandent pas cette adaptation permanente et ne vous confrontent pas à vos limites. Tout simplement parce que les vacances sont trop courtes, trop confortables ! Ce voyage, c’est notre vie actuelle. Certes, une vie de nomade, mais une vie qui ne mérite en aucun cas le titre de ‘vacances’. Les vacances apportent le dépaysement oui, mais le voyage apporte bien plus : découverte et connaissance. Connaissance de soi, de l’autre, du monde et sa complexité. Nous ne sommes désormais plus sûrs de rien, nous avons appris à relativiser et à faire confiance, autant aux autres qu’à nous-mêmes. Nous sommes également plus sereins.

5. Est-ce difficile de voyager comme vous ? Ça donne envie mais j’ai trop peur !

Il y a autant de voyages que d’individus ; à chacun son parcours, son calendrier et ses conditions de vie ! La difficulté, le confort, l’acceptable et l’inacceptable sont des concepts qui varient énormément d’une personne à l’autre. Pour nous, voyager n’est pas compliqué : c’est une expérience fantastique, l’information n’a jamais été aussi accessible qu’aujourd’hui, protéger sa santé et sa personne est relativement simple, et un peu de jugeote et de prudence font le reste… pour peu que l’on désire vraiment se lancer.

Nous avons souvent entendu : ‘Je rêve de faire comme vous mais vous comprenez, je ne peux pas partir‘ (trop de contraintes, pas assez d’argent pour le faire confortablement, peur…). Non, nous ne comprenons pas : il est presque toujours possible de partir, plus ou moins loin, plus ou moins longtemps, pour un budget plus ou moins important ; certains voyagent avec trois fois rien. Il est également possible de partir avec des enfants, même si cela demande plus de préparation. En revanche, nous comprenons parfaitement qu’il puisse s’agir non pas d’une réelle envie mais plutôt d’un fantasme. Les arguments pour ne pas partir sont légion ; s’ils l’emportent sur le rêve, alors vous ne souhaitez pas vraiment concrétiser. Ce qui est tout aussi respectable !

Nous ne parlons bien entendu pas des personnes en situation financière ou familiale très difficile.

6. Vous avez une chance exceptionnelle et pourtant, il vous arrive de râler…

Cette chance nous a demandé deux ans de sacrifices pour réunir l’argent nécessaire (miam, des pâtes), un an de préparation, une démission et implique de laisser derrière nous famille, amis et repères. Avant le départ, nous avons souvent entendu que nous étions ‘chiants’ avec nos économies de bout de chandelle, qu’une pizza ou une sortie de temps en temps ne nous empêcheraient pas de voyager, que nous ne partirions de toute façon jamais ou encore que nous ne serions jamais partis si Robin n’avait pas travaillé pendant qu’Agathe étudiait. Une pizza, c’est deux jours de voyage en Asie et nous serions partis quand bien même nous aurions dû économiser trois ans de plus. Combien – à possibilités égales – trouvent le courage de quitter leur confort pour réaliser ce rêve ? La chance se provoque. Il s’agit donc plutôt d’un choix ; choix que nous avons la chance de pouvoir faire mais que beaucoup d’autres pourraient également tenter.

Pour répondre à la question, ne vous arrive-t-il jamais, à vous, de râler lorsqu’il fait chaud, froid, humide ? Lorsque la file d’attente est trop longue ou que quelqu’un vous prend votre place (sans même s’excuser, le malotru !) ? Lorsque la poste égare votre colis, que la nourriture est mauvaise, que vous dormez mal ou êtes malade ? Lorsque vous vous faites voler ? Si. Eh bien nous aussi. Le blog est un journal, nous y racontons avec honnêteté notre quotidien, notre vie de tous les jours avec ses bonheurs, ses malheurs, ses découvertes et ses désillusions.

Nous refusons de céder au politiquement correct en nous censurant sous prétexte que le voyage est une chance et que nous ne pouvons ‘critiquer’ un autre pays. Nous signalons de la même façon ce qui nous contrarie en France. Nous voyageons longtemps dans des conditions parfois assez difficiles. Tout le monde ronchonne dans sa vie quotidienne, plus ou moins souvent. Nous sommes faillibles, nous ronchonnons donc nous aussi. Et si ce que nous ressentons va a contrario de ce que vous avez pu imaginer ou vivre, nous espérons simplement que vous pourrez comprendre que chacun est différent ; allez voir au-delà de ce mot ou de ce billet d’humeur qui vous contrarie et racontez-nous votre propre expérience dans les commentaires !

7. Vous faites beaucoup de choses, ça doit donc demander beaucoup d’argent.

Là encore, à chaque individu son voyage. Tout dépend des choix que nous faisons : rythme, confort, activités, destinations, durée… Nous avons rencontré des couples voyageant pour bien moins cher que nous (notre moyenne est de 10.000 euros par an par personne) et d’autres pour beaucoup, beaucoup plus !

8. Pourquoi êtes vous allé si vite durant cette première année ?

Nous avions beaucoup d’envies et un objectif : rallier l’Inde avant la mousson. Il y avait également un problème de budget (impossible de trop traîner en Europe) et un problème de visa (beaucoup expirent au bout d’un mois).

Cela tient aussi à nos caractères, nous avons une certaine boulimie, une incapacité à tenir en place. Passé une semaine de pause, nous avons généralement besoin de repartir. Les belles rencontres n’ont pas été rares mais ces voyageurs étaient comme nous ; nous avons donc soit taillé la route en leur compagnie quelques temps, soit suivi chacun notre chemin. Sans regrets. Nous aurions dû ralentir la cadence en Inde mais nous l’avons réalisé trop tard. Nous étions déjà trop fatigués par le pays et le bruit, les odeurs, les problèmes de transit, la chaleur et les comportements étaient les mêmes que nous nous posions ou pas. Nous avons donc préféré continuer à nous déplacer au même rythme.

Nous avons eu un rythme soutenu cette année et nos choix ont été principalement orientés vers des lieux assez touristiques ; nous avons donc rarement eu l’occasion de rencontrer les populations locales dans un cadre désintéressé (on nous l’a d’ailleurs reproché). En dehors de nos séjours dans certaines familles, nos rencontres étaient souvent faussées par l’endroit, la couleur de notre peau et notre statut de touristes riches. Et bien que cela soit agaçant à la longue, difficile d’en vouloir à qui que ce soit.

Nous sommes plus calmes désormais, notre vision du voyage a changé. L’année prochaine devrait donc se dérouler différemment, plus doucement.

9. Après deux ans de voyage, ne craignez-vous pas d’être devenus hors norme, déphasés et incapables de revenir à votre ancienne vie ?

Nous avons en grande partie décidé de faire ce voyage parce que notre vie d’alors ne nous satisfaisait pas pleinement. Nous ne voulons pas revenir à la case départ ! Si nous rentrons en France, nous espérons au contraire pouvoir construire quelque chose qui nous corresponde mieux.

Nous considérons par ailleurs que l’atypisme est une qualité.

10. En tant que couple, comment est-ce gérable ? N’avez vous pas peur de tester ainsi vos limites ?

Nous avions en effet cette peur avant de partir. Puis quelqu’un nous a dit de ne surtout pas rester en France pour cette raison car le voyage n’est qu’un catalyseur. Bourlinguer ensemble accélère les choses mais ne crée aucun dysfonctionnement qui n’existe déjà. Si notre couple doit tenir, si nous sommes prêts à travailler dessus et à faire des concessions, alors tout ira bien malgré les difficultés. Sinon, nous ne sommes peut-être tout simplement pas faits pour vivre ensemble et le voyage ne fera que révéler une incompatibilité entre nous.

Certains amis nous ont dit avoir eu besoin de faire des ajustements. Nous n’avons personnellement pas ressenti de différence entre l’avant et l’après départ… Chacun a trouvé sa place naturellement dans l’équipe que nous formons. Et pour l’instant, tout va bien !